label esus : label pour projet à financer en amorçage solidaire

Pour la finance solidaire, l’argent et l’innovation sont des moyens et non une fin. Du 6 au 13 novembre 2017, la semaine de la finance solidaire, organisée par Finansol, offre l’occasion de donner une nouvelle ambition à ce secteur dynamique. Il faut, en effet, soutenir financièrement l’innovation sociale dès le stade de l’amorçage. C’est en effet la phase critique de recherche et développement, de prototypage, de preuve de concept, au cours de laquelle les entrepreneurs testent des solutions durables à des problèmes sociaux et environnementaux. La French Tech nous a familiarisés avec ce concept de capital-amorçage pour l’innovation classique, l’enjeu est encore plus grand pour l’économie sociale et solidaire !

 

L’innovation sociale est moins risquée

L’innovation sociale est plus sûre que l’innovation classique car elle répond à des besoins réels, souvent massifs, parfois vitaux. Ces besoins fondent une demande durable, là où nombre de start-up s’imaginent que leur produit créera spontanément un besoin. L’innovation sociale se construit quant à elle sur le terrain, grâce à la collaboration d’entrepreneurs, d’associations, de chercheurs et d’acteurs publics, qui partagent un diagnostic et combinent leurs expertises pour créer des solutions. Cette coopération peut être plus longue au démarrage mais elle permet d’aller plus loin.

 

L’innovation sociale est rentable

Ceux qui investissent en capital-amorçage classique savent pertinemment que peu de projets dépassent l’amorçage. Ils espèrent donc une très forte rentabilité, environ dix fois la somme investie dans l’ensemble des projets, tirée des investissements qui auront survécu. Dans l’amorçage solidaire, au contraire, les projets ont plus de chances de survivre mais aucun n’offre une forte rentabilité financière. L’essentiel des bénéfices est en effet réinvesti pour accroître l’impact social ou environnemental du projet. Au final, l’investisseur solidaire risque moins de perdre et gagne souvent des bénéfices financiers raisonnables en plus de la satisfaction de ses objectifs extra-financiers. Du point de vue de la communauté nationale, l’innovation sociale est elle-même plus rentable que l’innovation classique car elle réduit davantage les dépenses sociales (allocations et minima sociaux) et environnementales (dépollution, réparation). Aussi, crée-t-elle plus d’activités génératrices d’emplois et de recettes provenant des prélèvements obligatoires (impôts, cotisations sociales, taxes), qui plus est, non délocalisables une fois le succès présent.

 

L’argent comme fertilisant pour des projets humains et durables

Allons plus loin que sainte Thérèse d’Avila qui écrivait “L’argent est l’excrément du diable, c’est donc un très bon fertilisant !”. Engageons-nous pour que ce fertilisant soit naturel et non artificiel, qu’il vise la vitalité durable du sol et non une récolte massive mais délétère, qu’il repose sur la symbiose de plusieurs espèces publiques et privées et non sur le monopole d’une seule. La finance solidaire peut donc dépasser l’investissement responsable, qui finance les entreprises cotées en bourse, et l’investissement à impact qui cherche des projets aussi rentables que la finance classique. Elle peut privilégier les projets ayant misé sur la plus durable des technologies : la vie. Elle financera donc des services à la personne rendus par des humains et non par des robots, les sciences cognitives et sociales appliquées au mieux-être et à l’éducation au lieu de l’intelligence artificielle, des sources de bioénergie (biomasse) plutôt que des énergies fossiles, des services environnementaux (génie écologique) plus efficaces que l’artificialisation des terres, etc.

 

De la prise de conscience à l’action

Une fois la prise de conscience passée, reste à poser la question de la méthode. Inspirons-nous, sans fausse modestie, des succès de l’économie numérique et de ses start-up studio. La Silicon Valley a vu fleurir ces lieux créés par des entrepreneurs du web qui, une fois leur première entreprise vendue, s’aperçurent que leurs compétences et leur passion consistaient avant tout à créer des entreprises, peu importe le produit vendu. Ils se rassemblèrent dans ces studio, y mutualisèrent leurs expériences, réseaux, moyens matériels et financiers et créèrent de nouvelles entreprises, revendues rapidement pour financer la création des suivantes. L’amorçage solidaire peut en faire tout autant, si ce n’est mieux, car il est libéré de l’impérieuse nécessité de gagner beaucoup d’argent très vite.

La France a tout pour réussir la création de fonds d’amorçage solidaire adaptant le modèle des start-up studio. Elle est riche en entrepreneurs, investisseurs, chercheurs, pédagogues, travailleurs sociaux, bénévoles et décideurs publics déjà mobilisés pour l’innovation sociale. Mieux encore, elle a déjà un cadre législatif et réglementaire clair, avec l’agrément assimilé Entreprises Solidaire d’Utilité Sociale (ESUS) et le label Finansol qui distingue les investisseurs ayant démontré leur caractère solidaire et transparent.

 

Consacrons une partie de l’épargne solidaire à l’amorçage !

Avec dix milliards d’euros investis en 2016 par plus d’un million d’épargnants solidaires, nous n’avons plus aucune raison d’attendre pour en consacrer une partie à l’amorçage. Nous pourrons ainsi créer les entreprises solidaires dont nous serons demain employés, dirigeants, clients, fournisseurs, investisseurs et sûrement un peu tout à la fois !

 

 

Benjamin d’Hardemare,
Président de Planetic